Qu’en penser ?
C’est le premier projet cyclable d’envergure à l’intérieur de Narbonne. Il s’agit d’une vraie piste cyclable et non d’un trottoir rebaptisé « voie verte » sur lequel les piétons et cyclistes doivent cohabiter.
C’est un projet courageux. S’il ne retire aucune bande de circulation aux automobiles, il supprime plus d’une trentaine de places de stationnement. Certains riverains sont donc mécontents. Ils vont devoir changer leurs habitudes, marcher un peu plus jusqu’à la place qu’ils auront trouvée pour garer leur voiture. Certains se poseront peut-être la question de la nécessité de posséder une voiture, dans une ville très compacte et bien desservie par les transports en commun.
C’est un vrai choix politique. Après l’immobilisme du précédent maire, qui avait peur de choquer son électorat, le nouveau maire se tourne résolument vers l’avenir. Narbonne est à la traine en matière de mobilité cyclable. Les nouveaux habitants ne retrouvent pas les infrastructures dont ils bénéficiaient dans leur précédente ville. Narbonne doit changer, et ses habitants changer leurs habitudes.

L’inauguration
La piste cyclable allant de la gare au rond-point des plages a été inaugurée ce 8 janvier.
Le maire a convié les associations sportives à cette inauguration, mais n’a pas jugé bon de nous inviter. Nous avons pourtant contribué à son élaboration, à trois occasions :
- Le 10 mars 2025, lors de la présentation du projet au Palais des sports par l’équipe municipale. Nous avons interpellé la mairie sur la gestion des intersections.
- Le 8 avril 2025, où nous avons été reçu, à notre demande, par Mme Pons-Pelofy et ses services, en compagnie des associations sportives. Nous avons eu l’occasion d’évoquer l’aménagement du carrefour des plages et de la liaison allant jusqu’à la gare.
- Le 8 juillet 2025, où nous avons été reçu, à notre demande, par Mme Pons-Pelofy et ses services, en compagnie des associations sportives. Nous avons eu l’occasion de discuter des plans de la liaison allant du carrefour des plages jusqu’à la gare.
Lors des premières phases du projet, le souhait de la mairie était d’accorder la priorité aux voitures à toutes les intersections, obligeant les cyclistes à s’arrêter aux 11 croisements du parcours de 1,6 km.
Nous avons à ces occasions discuté de ce choix et des aménagements des différents carrefours. Le projet a été sensiblement amélioré, même s’il n’est pas parfait. La logique de priorité à la voiture a évolué vers une logique de priorité de droite, puis une logique plus pragmatique de priorité aux voitures uniquement sur les axes très fréquentés. Nous aurions naturellement préféré une priorité aux vélos à toutes les intersections, mais nous saluons l’évolution de la réflexion de la mairie.
Le détail du projet
Nous nous proposons de l’examiner ici en détail, en partant du rond-point des plages. Celui-ci a déjà été traité dans cet article.
Croisement Avenue Paul Tournal – Rue Germain Mouret


La piste Paul Tournal existait déjà depuis plusieurs années. Le premier carrefour n’a pas subit de modifications. Les voitures peuvent venir de la gauche ou de la droite. Les cyclistes sont prioritaires. Les automobilistes doivent céder le passage. La traversée est visibilisée par de la peinture verte défraichie. L’expérience montre que, malheureusement, beaucoup de voitures venant de gauche ne s’arrêtent pas avant la piste, mais stationnent sur la piste en attendant de pouvoir s’insérer dans la circulation.
Un poteau a été ajouté pour empêcher les voitures de rentrer sur la piste.
Entre la rue Germain Mouret et le giratoire Pierre Bouscarle, la piste cyclable a été sécurisée par une glissière en béton peinte en blanc. Cette glissière est discontinue pour permettre aux riverains d’accéder à leurs garages. A noter que la forme de la glissière est ronde. Si un cycliste dévie de sa trajectoire, et heurte la glissière, il risque la chute. D’autres types de glissières existent, comme à Montpellier. Elles sont de forme triangulaire. Si le cycliste dévie, il monte sur la glissière et a le temps de restaurer sa trajectoire, ce qui peut éviter la chute.


Croisement Avenue Paul Tournal – Rue de Valmy


Le croisement existait déjà et a été maintenu. Les voitures ne peuvent venir que de la gauche. Les voitures doivent céder le passage. Les cyclistes sont donc prioritaires. La partie suivante de la piste a été réalisée sur une ancienne zone de stationnement. Elle est sécurisée par un poteau et une glissière.
Croisement Avenue Paul Tournal – Rue du Génie


La rue du Génie est à sens unique. Les voitures peuvent l’emprunter en venant de la droite. Elles doivent céder le passage aux cyclistes.
Croisement Avenue Paul Tournal – Rue de Bône


La rue de Bône est à sens unique. Les voitures peuvent l’emprunter en venant de la gauche. Elles doivent s’arrêter et laisser passer les cyclistes.
Le giratoire Pierre Bouscale
Jusqu’ici, la piste était en site propre. Les cyclistes étaient les seuls usagers. En entrant dans le giratoire, ils sont mêlés à la circulation automobile. Ce giratoire est petit, et les voitures doivent ralentir pour tourner dedans. La vitesse des voitures est donc relativement faible. Le trafic n’est pas non plus très important.
Entrée dans le giratoire


Le cycliste est guidé par des bordures. La trajectoire l’amène au milieu du giratoire. En dehors des heures de pointe, ce n’est pas grave. Aux heures de pointes, il devra certainement s’arrêter et partir à angle droit, pour longer l’extérieur du giratoire.
Dans l’autre sens, sortir du giratoire pour rentrer dans l’avenue Paul Tournal se fait facilement.
Sortie du giratoire


La sortie du giratoire se fait facilement. La piste d’Elie Sermet étant tangentielle par rapport au giratoire.
Dans l’autre sens, le cycliste doit faire plus qu’un angle droit, et donc rentrer dans le rond-point à vitesse très réduite, sauf s’il y a peu de voitures et où il peut se diriger vers le centre du giratoire.
L’entrée de la piste est sécurisée par un poteau.
Croisement Avenue Elie Sermet et Rue Calixte Camelle + Rue Edmond Valentin


La rue Calixte Camelle est à sens unique. Les voitures peuvent l’emprunter en venant de la gauche. Elles doivent s’arrêter et laisser passer les cyclistes.
La rue Edmond Valentin est à sens unique. Les voitures peuvent l’emprunter en venant de la droite. Elles doivent s’arrêter et laisser passer les cyclistes.
La suite de la piste cyclable est protégée par un poteau.
Croisement Avenue Elie Sermet et Rue Chanzy


La rue de Chanzy est à sens unique. Les voitures peuvent l’emprunter en venant de la gauche. Elles doivent s’arrêter et laisser passer les cyclistes.
La suite de la piste cyclable est protégée par un poteau.
Rond-Point de la Révolution
Croisement Elie Sermet


Lorsqu’il vient du boulevard du Général De Gaulle, ou de la rue de l’Ancienne Porte de Béziers, un cycliste ne pourra plus rentrer dans l’avenue Elie Sermet comme auparavant. Il aura le choix de continuer et de faire une épingle à cheveux pour rentrer dans la piste cyclable, ou d’emprunter la rue Lakanal, puis la rue Edmond Valentin pour rejoindre la piste. Peu de doute que c’est cette dernière option qui sera privilégiée.
Croisement Avenue de Tassigny


Les cyclistes doivent céder le passage. Il n’y a pourtant pas de ligne blanche discontinue pour avertir le cycliste de cette priorité. La signalisation verticale est bien présente, et c’est elle qui est légale. Mais un cycliste regarde d’abord la route, pour éviter les obstacles.
Le poteau empêchant les voitures de rentrer sur la piste semble superflu, tant il faudrait manœuvrer pour y rentrer.
Croisement Rue de Blida


Les cyclistes doivent céder le passage. C’est en contradiction avec le principe retenu jusqu’ici de donner la priorité aux voitures sur les grands axes. Il n’y a pourtant pas de ligne blanche discontinue pour avertir le cycliste de cette priorité. La signalisation verticale est bien présente
Le poteau empêchant les voitures de rentrer sur la piste semble superflu, tant il faudrait manœuvrer pour y rentrer.
Giratoire de l’Europe
C’est le gros point noir. Ce rond-Point est très fréquenté, a deux bandes et certains usagers roulent vite. Il est peu recommandé pour un usage familial. Nous avions proposé de continuer la piste, en mettant une traversée cyclable boulevard Sembat, à côté du passage piéton. La mairie a refusé. L’usage d’une piste dépend de l’endroit le plus dangereux. Un cycliste qui ne se sent pas à l’aise pour traverser ce giratoire ne prendra pas la piste. Du moins, cette partie de piste.
Entrée dans le giratoire


Le cycliste doit céder le passage. Dès qu’il voit un trou dans la circulation, il peut s’insérer et arriver très vite à la suite de la piste, juste en face.
Dans l’autre sens, sortir du giratoire pour rentrer sur la piste nécessite de ralentir pour prendre un virage à plus de 90°. C’est assez dangereux, vu la vitesse du trafic.
Sortie du giratoire


La sortie du giratoire se fait facilement. La piste Sembat-Mistral étant tangentielle par rapport au giratoire.
Dans l’autre sens, le cycliste doit faire plus qu’un angle droit, et donc rentrer dans le rond-point à vitesse très réduite, alors que les voitures roulent souvent vite.
Tronçon Sembat – Mistral

Ce tronçon débute par un poteau très peu visible.

Il se termine avant le boulevard Frédéric Mistral. Sur les plans, il était prévu un passage pour traverser le boulevard, et se rendre à la gare. La piste s’arrête en cul-de-sac. Il faut continuer à pieds en poussant son vélo sur le trottoir.
Conception générale de la piste
La piste a été conçue pour relier la gare à l’est de la ville. Elle n’a pas vraiment été pensée pour irriguer les quartiers qu’elle dessert. Le Rond-Point de la Révolution et celui de l’Europe ne sont pas facilement accessible. C’est le problème des pistes bidirectionnelles très en vogue en France, mais peu utilisées dans les pays qui ont une culture cyclable.
Une piste cyclable devrait être conçue pour que des enfants de 7 ans puissent l’utiliser en toute autonomie. La sécurité est donc essentielle. Les deux giratoires sont rébarbatifs pour un usage familial, en particulier celui de l’Europe.
Le revêtement
La durée du chantier étant réduite pour pouvoir inaugurer le projet avant les élections, il a été fait le choix de ne pas changer le revêtement sur la plus grande partie du tracé. C’est donc par endroit un revêtement dégradé, avec des trous et des nids de poules qui est présent sur la piste cyclable.
Le square Thérèse-et-Léon Blum a été agrémenté de fresques. Nous n’avons aucune compétence pour donner un avis sur la qualité artistique d’un tel projet, mais dès qu’il s’agit de peindre une chaussée, tout cycliste est inquiet des risques de glissades en cas de pluie. Nous avons fait part de cette préoccupation à la mairie, qui a mis un revêtement anti-dérapant.
La seule partie du revêtement refaite est le long du boulevard Condorcet, entre le boulevard Sembat et le boulevard Mistral. Il a été refait en bitume de couleur noire. Cela nous pose deux questions : Les nouvelles pistes cyclables et voies vertes étaient jusqu’ici réalisée en enrobé beige, ce qui les identifie bien, et évite aux automobilistes de les emprunter. Ça n’a pas été le cas ici. D’autre part, dans une ville qui subit de plus en plus les canicules, l’usage de revêtements foncés ne fait qu’accentuer l’effet de chaleur, et décourage les habitants à sortir de chez eux.
Les poteaux
Il y a de (trop) nombreux poteaux sur la piste. Ceux-ci sont destinés à éviter que les automobiles ne rentrent sur la piste, par inadvertance. Mais ils constituent aussi un obstacle pour les cyclistes inattentifs. Ils sont en bois, et se fondent dans le paysage. La bande réfléchissante étant agrafée dessus ne semble pas être très solide, et risque de disparaitre. Si certains sont compréhensibles, d’autres semblent superflus, car aucune voiture ne s’engagerait dans la piste, puisque cela nécessiterait une manœuvre trop périlleuse, comme avenue de Tassigny ou rue de Blida.
Les croisements
Pour qu’une piste cyclable soit bien utilisée, il faut qu’elle soit sécurisée et performante. Les arrêts doivent être le moins fréquent possible. Un arrêt diminue la vitesse moyenne, mais surtout, il nécessite beaucoup d’énergie musculaire pour redémarrer. Ce qui est simple en voiture demande des efforts à vélo. Réduire le nombre de cédez-le-passage est donc essentiel.
Le projet a bien évolué depuis le début.
| Projet initial | Réalisation | |
|---|---|---|
| Priorité voitures | 8 | 2 |
| Priorité vélos | 0 | 6 |
Sur les croisements du carrefour des plages, qui sont réalisés depuis 6 mois, on constate que plus de la moitié des voitures s’arrêtent pour laisser passer les cyclistes, alors qu’elles ont la priorité. Peut-être que c’est par méconnaissance, à moins que ça ne reflète une évolution des mentalités.
Le jalonnement
La piste a été réalisée, il y a du marquage au sol, des priorités. Mais il n’y a pas le mode d’emploi. Un cycliste débouchant sur la piste depuis une rue environnante ne sait pas où mène cette piste, ni dans quelle direction il doit aller. Les habitants l’apprivoiseront sans doute très vite, mais les touristes auront le nez sur leur GPS.
Usage de la piste
On constate tous les jours que la piste est bien utilisée. Mais sur certaines sections, rue Paul Tournal ou sur le carrefour des plages, les trottoirs étant petits et peu attractifs, les piétons utilisent la piste cyclable. Elle se transforme de fait en voie verte. Le trafic étant relativement faible pour le moment, on ne déplore pas trop de conflits. A voir ce qu’il en sera en été.
Conclusion
Cette piste est un immense progrès pour Narbonne. Ce qui semblait inimaginable, tant Narbonne était « spécifique » a été réalisé. Ça doit être un premier pas, qui doit mener à une réflexion globale sur un plan de circulation incluant les mobilités douces. D’autres pistes devront ensuite être construites pour relier les différents quartiers et le centre-ville, en tenant compte de l’expérience de cette première belle réalisation.
Une piste cyclable ne devrait pas être conçue seule. C’est toute la circulation de chaque rue qui doit être pensée, avec la répartition de l’espace entre les différents modes de transport, pour utiliser au mieux l’espace de façade à façade..
